Flexi-job : le guide complet pour employeurs et travailleurs

Le flexi-job permet à un travailleur déjà occupé à 4/5e ailleurs, ou à un pensionné, d’exercer un emploi complémentaire dont le salaire brut est égal au salaire net. Il ne paie ni cotisations personnelles ONSS ni impôt (dans la limite d’un plafond annuel), et l’employeur paie uniquement une cotisation patronale spéciale de 28 %.

Depuis le 1er juillet 2026, le régime n’est plus réservé à une liste de secteurs : il est ouvert en principe à tous les employeurs privés et publics, sauf exclusion décidée par le secteur (loi du 28 juin 2026, publiée au Moniteur belge le 2 juillet 2026).

En résumé :

  • Pour le travailleur : un complément de revenus exonéré d’impôt jusqu’à 18.440 € pour les revenus 2026 (sans plafond pour la plupart des pensionnés).
  • Pour l’employeur : un renfort flexible à coût maîtrisé (salaire + 28 %), à condition de respecter un formalisme strict.
  • Le piège : si une seule condition n’est pas remplie, l’occupation est requalifiée en contrat ordinaire, avec cotisations et précompte à la clé.

1. Pour qui ?

Deux profils de travailleurs peuvent exercer un flexi-job, chez un employeur dont le secteur n’a pas exclu le régime.

Le travailleur salarié occupé au moins à 4/5e

Le travailleur doit avoir été occupé au moins à 4/5e d’un temps plein, chez un ou plusieurs autres employeurs, au cours du troisième trimestre qui précède celui du flexi-job (trimestre « T-3 »).

Exemple : pour un flexi-job au 1er trimestre 2027 (janvier à mars), le trimestre de référence est le 2e trimestre 2026 (avril à juin).

Cette condition se vérifie chaque trimestre : ce n’est jamais un droit acquis. Le travailleur peut consulter sa situation sur mycareer.be.

Le pensionné

Le pensionné ne doit pas justifier de l’occupation à 4/5e. Depuis le 1er juillet 2026, l’ONSS vérifie le statut de pensionné au cours du trimestre même du flexi-job (et non plus deux trimestres avant) : un nouveau pensionné peut donc commencer immédiatement, mais pas chez le même employeur durant le trimestre de sa mise à la pension.

Quels employeurs ?

Depuis le 1er juillet 2026, tous les secteurs privés et publics peuvent en principe recourir au flexi-job. Chaque secteur garde toutefois la possibilité de l’exclure en tout ou en partie (opt-out), ou de le limiter, par exemple à un pourcentage du volume de travail.

Avant tout engagement, il faut donc vérifier la situation de votre commission paritaire : plusieurs secteurs ont déjà annoncé une exclusion totale ou partielle, et le périmètre peut encore évoluer d’une année à l’autre.

Le secteur des soins de santé est désormais ouvert, à condition que le flexi-jobber dispose des diplômes et qualifications requis pour la fonction.

2. Qui ne peut pas ?

Même si la condition des 4/5e est remplie, le flexi-job est interdit dans les situations suivantes, appréciées pendant le trimestre du flexi-job.

Situation Pourquoi c’est exclu
Travailleur déjà occupé chez le même employeur (contrat de travail ou statut) au cours du même trimestre On ne peut pas transformer une partie de son emploi principal en flexi-job. L’inverse reste possible : un flexi-jobber peut ensuite être engagé en contrat ordinaire.
Travailleur en préavis, ou couvert par une indemnité de rupture, chez l’employeur du flexi-job Le lien avec l’employeur est en cours de rupture.
Travailleur à 4/5e qui voudrait travailler dans une entreprise liée à son employeur principal Interdiction maintenue pour les 4/5e. Depuis le 1er juillet 2026, elle est levée pour les travailleurs à temps plein.
Intérimaire mis à disposition du même utilisateur sous les deux statuts (ordinaire et flexi) au cours du même trimestre Le cumul chez un même utilisateur est interdit.
Travailleur passé d’un temps plein (T-4) à un 4/5e (T-3) Période d’attente : pas de flexi-job aux trimestres T et T+1. Réduire son temps de travail pour faire un flexi-job ne fonctionne donc pas immédiatement.
Indépendant (sans emploi salarié à 4/5e) Le régime est réservé aux salariés et aux pensionnés.
Fonctions artistiques, artistiques-techniques et de soutien artistique Exclues dans tous les secteurs.
Fonction dans un secteur ayant choisi l’opt-out Le secteur a exclu ou limité le régime.

Secteurs exclus ou limités

Depuis le 1er juillet 2026, plusieurs secteurs ont exclu ou encadré le flexi-job. Certaines exclusions sont fixées par arrêté royal, d’autres par une convention collective sectorielle (situation au 18 septembre 2026).

Secteur Règle Base
Agriculture (CP 144) Flexi-job exclu. AR du 30 août 2026
Horticulture (CP 145) Flexi-job exclu, sauf parcs et jardins (CP 145.04). AR du 30 août 2026
Pêche maritime (CP 143) Exclu pour le personnel navigant uniquement ; possible à terre et dans les entrepôts. AR du 30 août 2026
Pompes funèbres (CP 320) Limité aux tâches réservées aux travailleurs occasionnels. AR du 30 août 2026
Gestion d’immeubles (CP 323) Exclu pour les domestiques uniquement. AR du 30 août 2026
Garde d’enfants (CP 331, NACE 88.91) Limité à 20 % du volume total de travail de l’employeur. AR du 30 août 2026
Industrie verrière (CP 115) Exclu pour la durée de la convention. CCT sectorielle
Chimie (CP 116 et 207) Exclu jusqu’au 31 décembre 2027, sauf accord d’entreprise avec les syndicats. CCT sectorielle
Pétrole (CP 211) Exclu, sauf accord annuel écrit avec toute la délégation syndicale. CCT sectorielle
Nettoyage (CP 121) Depuis le 1er octobre 2026 : réservé aux pensionnés (y compris anticipés), maximum 10 % du volume de travail. CCT sectorielle
Papier et carton (CP 136 et 222) Depuis le 1er octobre 2026 : cinq cas autorisés, 52 jours par an et par travailleur, maximum 10 % de l’emploi en ETP. CCT sectorielle
Construction (CP 124) Interdit sur chantier pour les travaux exigeant une formation de base en sécurité (exception pour certains pensionnés expérimentés). CCT sectorielle

Attention : les restrictions prévues par CCT ne sont pas contrôlées au moment de la Dimona. Une Dimona acceptée ne garantit donc pas que l’occupation est régulière, et l’employeur reste responsable du respect des règles de son secteur. Cette liste évolue : vérifiez toujours la situation de votre commission paritaire avant d’engager.

Enfin, le cumul d’un flexi-job avec une allocation (chômage, crédit-temps, incapacité de travail) obéit aux règles propres de chaque organisme. Il doit être vérifié avant de commencer, auprès de l’ONEM ou de la mutuelle, sous peine de perdre tout ou partie de l’allocation.

3. Conditions et formalités pour l’employeur

L’avantage du flexi-job dépend entièrement du respect du formalisme : sans contrat-cadre écrit conforme, l’occupation ne peut pas être qualifiée de flexi-job.

Les étapes

  1. Vérifier le secteur : votre commission paritaire n’a-t-elle pas exclu ou limité le flexi-job ?
  2. Vérifier le travailleur : occupation à 4/5e en T-3 ailleurs ou statut de pensionné, et aucune des exclusions ci-dessus. Cette vérification est à refaire chaque trimestre.
  3. Signer un contrat-cadre écrit, avant la première prestation. Il mentionne au minimum l’identité des parties, la manière et le délai dans lesquels le flexi-job est proposé, une description sommaire de la fonction, le flexi-salaire et (sauf pour un pensionné) le texte de la condition des 4/5e.
  4. Conclure un contrat de travail flexi-job pour chaque occupation, au plus tard avant le début. Il est conclu pour une durée déterminée ou un travail nettement défini, et peut être écrit ou oral.
  5. Faire la Dimona (type FLX) au plus tard au début de l’occupation : par contrat et par trimestre si le contrat est écrit, par jour s’il est oral. L’ONSS contrôle alors les conditions d’accès.
  6. Enregistrer les présences : heures exactes de début et de fin, par travailleur, au moyen d’un système électronique.
  7. Conserver le contrat-cadre et le contrat flexi-job sur le lieu de travail du flexi-jobber.
  8. Déclarer la rémunération dans la DmfA trimestrielle et payer la cotisation spéciale de 28 %.

Chaque année où des flexi-jobbers sont occupés, une concertation sur leur utilisation doit aussi avoir lieu avec les représentants des travailleurs (conseil d’entreprise ou organe compétent).

Le flexi-salaire

Le flexi-jobber a droit au salaire barémique de la fonction (ou, à défaut de barème, au revenu minimum mensuel moyen garanti converti en salaire horaire), augmenté d’un flexi-pécule de vacances de 7,67 %, payé en même temps que le salaire.

Le salaire de base ne peut pas dépasser 150 % du salaire de base minimum de la fonction. Depuis le 1er juillet 2026, ce plafond ne vise plus que le salaire de base : les primes et indemnités prévues par la loi ou par une convention collective (sursalaire, prime de nuit, prime de fin d’année…) peuvent être payées en plus. Les primes accordées à titre individuel restent, elles, comprises dans les 150 %.

L’horeca (CP 302) suit des règles propres :

Horeca (CP 302) Montant horaire Dont flexi-pécule
Minimum depuis le 1er septembre 2026 13,04 € 0,93 € (salaire 12,11 €)
Maximum depuis le 1er juillet 2026 22,61 € inclus (salaire 21,00 €)

Ces montants sont indexés : vérifiez toujours le montant en vigueur avant d’établir le contrat-cadre.

4. Régime social et fiscal

Côté sécurité sociale

Aucune cotisation personnelle ONSS n’est retenue sur le flexi-salaire. L’employeur paie une cotisation patronale spéciale de 28 % calculée sur la rémunération complète, flexi-pécule de vacances compris. Aucune réduction de cotisations (groupe-cible ou structurelle) n’est possible sur un flexi-job.

Côté impôt

Le flexi-salaire est exonéré d’impôt et aucun précompte professionnel n’est retenu. Pour le travailleur non pensionné, l’exonération est plafonnée par an, tous employeurs confondus :

Année de revenus Plafond exonéré (non-pensionnés)
2026 18.440 €
2025 18.000 €
2024 12.000 €

Au-delà du plafond, seule la partie excédentaire est imposée comme une rémunération ordinaire. Attention au cumul : un travailleur qui reste sous le plafond chez chacun de ses employeurs peut le dépasser au total, ce qu’il découvrira seulement lors de sa déclaration d’impôt.

Pour le pensionné, il n’y a pas de plafond fiscal : tout le flexi-salaire reste exonéré.

Le cas du pensionné anticipé

Le pensionné qui a pris sa pension anticipée et n’a pas encore atteint l’âge légal doit respecter, en plus de la limite générale de revenus autorisés, une limite propre aux flexi-salaires : 8.121 € par an pour 2026. Si elle est dépassée, c’est le montant de sa pension qui est réduit. Le flexi-salaire lui-même reste exonéré d’impôt et de cotisations personnelles. Certaines situations échappent à cette limite (par exemple la personne qui ne perçoit qu’une pension de survie) : le Service fédéral des Pensions les détaille sur son site.

5. Avantages et inconvénients

Le flexi-job est très avantageux financièrement des deux côtés, mais il demande une vigilance constante, car son accès se vérifie trimestre par trimestre.

Avantages Inconvénients
Pour le travailleur Brut = net : pas de cotisations personnelles ni de précompte. Exonération d’impôt jusqu’à 18.440 € (2026), sans limite pour la plupart des pensionnés. Flexi-pécule de vacances payé directement. Liberté d’accepter ou de refuser chaque proposition. Aucune garantie d’heures ni de revenu. Accès remis en cause par tout changement de l’emploi principal (réduction à 4/5e, préavis). Impôt sur l’excédent en cas de dépassement du plafond, parfois découvert tardivement. Réduction de pension possible pour le pensionné anticipé. Cumul avec une allocation à vérifier au cas par cas.
Pour l’employeur Coût limité au salaire + 28 %. Renfort rapide pour les pics d’activité, désormais dans presque tous les secteurs. Flexibilité : un contrat par occupation, oral possible. Vivier de travailleurs expérimentés (pensionnés, travailleurs d’autres secteurs). Formalisme strict : contrat-cadre écrit, Dimona, enregistrement électronique des présences. Vérification des conditions à chaque trimestre. Aucune réduction de cotisations. Salaire plafonné (150 % ou 22,61 €/h en horeca). Risque de requalification en contrat ordinaire, avec cotisations et précompte rétroactifs.

6. Exemples chiffrés

Un flexi-jobber en horeca

Sophie travaille à temps plein comme employée administrative. Elle preste 80 heures en octobre 2026 dans une brasserie, au salaire minimum flexi horeca de 13,04 € par heure (flexi-pécule compris).

Montant
Flexi-salaire (80 h × 13,04 €) 1.043,20 €
Cotisation patronale spéciale (28 %) 292,10 €
Coût total pour la brasserie 1.335,30 €
Net perçu par Sophie 1.043,20 €

Sophie perçoit l’intégralité de son flexi-salaire, sans retenue, ce qui représente environ 78 % du coût supporté par l’employeur.

Le dépassement du plafond fiscal

Marc, travailleur non pensionné, cumule 20.000 € de flexi-salaires en 2026 chez trois employeurs. Les premiers 18.440 € restent exonérés ; seuls les 1.560 € excédentaires sont imposés comme une rémunération ordinaire, lors de sa déclaration à l’impôt des personnes physiques (exercice d’imposition 2027).

Sources officielles